Retour à la section précédente

L'idée d'une école

L’industrialisation du Québec, commencée au milieu du XIXe siècle, ainsi que la grave crise économique des années 1930 provoquent de profonds changements économiques et sociaux. Pour le père Lévesque, il faut absolument étudier ces changements de façon scientifique afin de trouver des solutions aux problèmes présents et à venir. Pour ce faire, le Québec des années 1930 a un urgent besoin de sociologues, d’économistes, d’experts en relations de travail, de travailleurs sociaux et de politicologues, donc d’une institution d’enseignement en sciences sociales de niveau universitaire. 

Le père Lévesque est un homme d’action. Lorsqu’il se forme à l’action sociale auprès du père Rutten en Belgique, au début des années 1930, il souhaite devenir un apôtre social au service de la société québécoise. Toutefois, sa communauté le destine exclusivement à l’enseignement. Il obéira à son ordre, mais réussira à combiner l’enseignement et l’action sociale, si importante pour lui.

Bien que l’Université Laval possède depuis 1932, une École des sciences sociales, rattachée à l’époque à l’Institut supérieur de philosophie, celle-ci n’offre que des cours du soir au grand public. Ces cours ne font d’ailleurs aucune mention des problèmes spécifiques de la société québécoise. C’est d’une tout autre école dont rêve le père Lévesque. Lorsqu’il est engagé comme professeur à cette École en 1936, il se lie d’amitié avec trois prêtres professeurs qui partagent les mêmes préoccupations sociales que lui : l’abbé Charles-Omer Garant, l’abbé Alphonse-Marie Parent et l’abbé Georges-Léon Pelletier. Le père Lévesque se tourne tout naturellement vers eux pour exposer son projet de fondation d’une École des sciences sociales. Ces derniers sont rapidement convaincus de l’importance d’un enseignement universitaire des sciences sociales et ils acceptent d’aider le dominicain.  

En février 1938, les religieux exposent le projet au doyen de la Faculté de théologie, Mgr Cyrille Gagnon, qui est aussi le conseiller intime du cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, chancelier de l’Université. Une fois informé du projet par Mgr Gagnon, le cardinal convoque rapidement le père Lévesque dans son bureau pour le questionner sur son projet. Quelques jours après, le chancelier demande que le projet soit soumis au Conseil universitaire pour approbation. Apprenant que le dominicain doit donner une conférence publique sous sa présidence d’honneur au Palais Montcalm à la fin du même mois, il exige que le Conseil prenne rapidement sa décision afin de profiter de l’occasion pour faire une annonce publique.

Le 28 février 1938, en présence des notables de la ville de Québec, le père Lévesque prononce une conférence intitulée : À la recherche du paradis perdu. À la fin de la soirée, le cardinal Villeneuve annonce, en exclusivité, la création de l’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval et présente à l’assemblée son nouveau directeur, le père Georges-Henri Lévesque.

CRÉDITS